29 août 2014

Seule

Vient un moment dans la vie, après des années de célibat, où les ami(e)s arrêtent de demander si on a rencontré quelqu’un d’intéressant, où la famille présume qu’on ne sera pas accompagné à Noël prochain. Loin d’être blessant, ce constat vient confirmer la réflexion que l’on se fait depuis quelques mois à l’effet qu’il est possible qu’on reste seule pour le reste de la vie. Sans panique ni tristesse, on contemple cette possibilité comme une avenue plausible et on l’ajoute paisiblement dans l’infini des possibilités.

28 août 2014

Cet été-là


Être démesurément chanceuse et n’observer aucun signe de vieillissement jusqu’à cet été-là. Se vanter que vieillir ne fait pas peur mais savoir au fond de soi que c’est parce qu’on ne vieillit pas vraiment. Se sentir plus en forme que jamais. Et boum ! Remarquer tout d’un coup la texture de la peau qui a changé, les plis de cou épargnés lors d’un coup de soleil, les cheveux gris, les hanches qui coincent si on passe trop de jours (2 !) sans faire de sport, les rides. Tout en même temps !
Se demander si le plus difficile c’est de ne pas avoir le temps d’apprivoiser les changements ou que tout soit arrivé alors que l’homme qui nous chavire, celui avec qui on aurait voulu faire le reste du chemin, a un nombre significatif de printemps en moins.

20 juillet 2014

Erratum

Subitement, sans aucune raison, la princesse réalise qu’elle s’est trompée. Que cette fois-ci ce n’est pas la même chose. Même si de l’extérieur on peut penser que le chevalier s’est sauvé en lui brisant les ailes, quelque chose dans l’air est différent. Il est encore là, ils sont encore liés. Il cherche son chemin et fidèle à lui-même il a besoin de le faire seul. Pas un besoin orgueilleux, un besoin viscéral et justifié de boucler cette quête sans aucune aide extérieure.

Bien que triste et envahie par le manque, la princesse est émue et touchée de ce qu’elle ressent. En plus, elle vient de couper la tête à un dragon qui en a fait repousser mille. Elle sait qu’elle doit trouver son point faible pour l’anéantir définitivement. Elle sait que ça sera difficile. En fait chaque cellule de son corps est déjà habitée par cette douloureuse quête.
C’est ainsi qu’elle consacre chaque jour à affronter son dragon et qu’elle se permet chaque nuit d’aller se ressourcer dans les rêves de son bien-aimé. Chaque matin, elle apprivoise le vide que son départ laisse, chaque soir, elle assume sa vulnérabilité et va déposer sa tête au creux de son épaule et savoure les baisers qu’il dépose dans son cou.
Beau paradoxe s’il en est un puisque pour la première fois, la princesse accepte qu’elle pourrait à la fois combattre son Dragon et tenir la main de son amoureux. Elle laisse trainer la sienne, légèrement, pour le jour où il se sentira prêt à lier leurs quêtes respectives.
De toute façon, qu’est-ce que le temps devant une rencontre si déroutante, devant un si beau coeur ?

16 juillet 2014

Destination vacances

Règle générale, le concept de destination vacances est positif. Un endroit où on va se reposer, où la légèreté est l’attitude privilégiée, où tout est beau, facile, simple et surtout éphémère.


Pourtant c’est profondément douloureux quand on réalise qu’en plus d’être une muse, on est justement une destination vacances. Être aussi magnétique qu’une publicité de Club Med, attirer irrésistiblement les hommes vers nous est quand même un avantage. Jusqu’à ce qu’on se rende compte que peu importe le prix qu’on demande à payer ou qu’on précise avec moult détails qu’on cherche un résident permanent, la trajectoire reste la même. L’admiration sans fin, les sentiments exprimés haut et fort, la présence quotidienne, puis la distance qui s’installe lentement, imperceptiblement si on avait pas l’habitude et enfin la désertion, la fuite silencieuse.

Comme on s’habitue à tout, jusqu’à maintenant c’était tolérable. Suffisait de rester lucide et de ne pas ouvrir son coeur tout à fait, de le faire juste un peu, et de donner son corps sans retenu. Jusqu’à cette rencontre « coeur à coeur » où on a mis son cynisme et ses peurs de côté. Où on a ouvert son coeur et son âme le plus grand possible en partageant doucement, lentement et consciemment son corps. Jusqu’à ce cri du coeur : « tu es la plus belle rencontre de toute ma vie » qui a fait croire que tout était possible, que l’on pouvait se libérer de son karma de passeur. Jusqu’à ce qu’on laisse s’installer un espoir confiant qu’il était possible que cet Homme s’installe véritablement sur notre magnifique île déserte.

Jusqu’à l’inévitable écrasement : Le silence qui déchire bien plus que tous les mots possibles.

Reste une question : comment font-ils pour rentrer dans leur vie sans regarder derrière ? Alors que moi je reste allongée par terre, meurtrie durant une éternité ?

Reste une deuxième question : ne serait-il pas plus sage de ne plus jamais accueillir de visiteurs ? Est-il humainement possible de faire autrement ?

24 juin 2014

Aujourd'hui

Aujourd’hui quand tu es parti, mon coeur ne s’est pas serré. Il a fait comme lors de notre rencontre, il s’est agrandi. Il s’est permis d’habiter toute son amplitude. Ça doit ressembler à ça la confiance, la capacité de faire le plein de beaux moments et de s’appuyer sur les mots doux pour continuer avec le sourire jusqu’à la prochaine fois, jusqu’au véritable commencement.

« C’est l’histoire d’une fille qui a toujours des histoires avec des hommes pas disponibles (au sens large du terme)», lui raconte son amie. « Comme ça elle peut les aimer en paix. Ça m’a fait penser à toi. »
Un peu comme si avec toi, je pouvais aimer sans mesure sans avoir à vivre l’intolérable sentiment d’être aimée complètement. Un peu comme si, paradoxalement, à travers toi je pouvais apprendre lentement et doucement à m’aimer.

27 mai 2014

La douceur

On a souvent théorisé sur la douceur, on a affirmé que ce n’était pas de la faiblesse, que c’était une qualité, que c’était nécessaire, à développer, à rencontrer etc. etc.


Mais une fois qu’on y touche, on réalise que rien de ces discussions ne pouvait nous préparer à ce qu’on ressent à son contact.  Une douceur qui, effectivement est bien loin de la mollesse, de l’effacement, de l’évitement. Une douceur qui contient une force et une présence inébranlable. On a beau douter, retomber dans ses failles, tempêter, lorsqu’on ouvre les yeux, ou les sens, on le retrouve toujours là, au même endroit. Si doux, si tendre, que la fuite, réflexe habituel, semble une avenue ridicule et inutile. Si fort, si ancré, qu’on a envie de mettre notre main dans la sienne pour emmêler nos racines respectives. Sans panique, sans appréhension, juste doucement, mais fermement.

On mesure enfin le sens de l’expression « mots doux » lorsqu’on retrouve dans ses mots une évidente tendresse, une solidité, une justesse qui rassurent chaque fois sans tomber dans le piège du mielleux et du crémage éblouissant.

Et chaque fois qu’il se penche sur nous pour déposer un baiser, une caresse ou simplement le poids de son corps, on peut lire dans ses yeux un mélange presque irréel de douceur et de fougue qui suffit à alimenter la patience et à anéantir les peurs qui pourraient subsister faisant place à des milliers de désirs tous plus inspirants les uns que les autres.

10 mai 2014

Les mots usés

Vient un  moment où on  n'ose plus trop mettre de mots sur ce qui se passe. Comme si toutes les fois où, habitée d’une intensité indomptée et inconsciente, on avait nommé exagérément ce qu’on vivait avec les hommes de passage,  on avait émoussé la signification de ces mots. Alors que maintenant pour la première fois, à l’orée de cette déroutante histoire, ils prendraient véritablement leurs sens.

On se sent un peu comme le petit garçon qui criait au loup. Maintenant que le loup est là beau, grand fort (pas si grand mais bon) et qu’on se sent prête à danser avec lui, les mots manquent parce qu’ils ont été usés lors d’histoires précédentes.

On ressent quelque chose qui ressemble à la honte en relisant des correspondances passées, comme une impression d’avoir gaspillé ces mots. On va même jusqu’à envisager effacer tous ces textes rédigés dans des moments d’effervescence. On se sent un peu stupide, même, de s’être emballée pour si peu.

Mais on a surtout peur de nommer intensément une histoire qui pourrait, comme les autres, s’évaporer et laisser peu de traces.